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Delphine, 26 ans

Suivie à l’AFIJ en 2006, travaille comme psychologue, depuis plusieurs mois, dans une association en Ardèche proposant des services d’écoute et de soins aux toxicomanes ainsi qu’aux adolescents et jeunes adultes en difficulté d’insertion.

Un projet professionnel : travailler avec les personnes…

Comment en êtes-vous venue à travailler dans une association. Etait-ce, dès le départ, un projet professionnel pour vous ?

Pas directement. Je ne cherchais pas absolument à travailler dans une association. C’est plutôt un public que je cherchais et une démarche tournée vers l’aide aux personnes.

Lorsque j’étais au collège, je savais déjà que je voulais être psychologue. Mais on m’a plutôt conseillé de me rabattre sur une formation où les débouchés étaient plus nombreux. Je me suis donc orientée vers un bac Sciences Médico-Sociales. J’envisageais de devenir infirmière. Comme j’étais trop jeune pour passer les concours d’entrée en école à la sortie de mon bac -j’avais 17 ans-, je suis revenue à mes premières amours et j’ai entamé un cursus de psychologie à l’université. Cela se passait très bien, j’ai donc été jusqu’au DESS, un DESS de psychologie clinique et pathologique plus exactement. Ce qui me plaisait là-dedans, et c’est aussi ce qui m’avait attirée dans la formation d’infirmière, c’était le fait de travailler avec les personnes, le lien aux autres (…)

Après ma maîtrise, je n’ai pas pu enchaîner directement sur mon DESS. Durant cette période, j’ai commencé à chercher. Finalement, j’ai pu travaillé un mois à la ligue contre le cancer. Même si le poste ne répondait pas vraiment à mes attentes, l’association en elle-même et le travail associatif m’avaient beaucoup plu. En fait, le poste ne me convenait pas car ce n’était pas un poste de psychologue et c’est plutôt ce que je souhaitais. Je me suis décidée à reprendre un DESS.

Suite au DESS, j’ai présenté un projet à une association de psychologues dans laquelle je me suis impliquée en tant que bénévole, tout en cherchant du travail. La vocation de cette association était de permettre aux gens ayant de faibles revenus d’accéder à un psychologue.

C’est vrai qu’au cours de ces deux expériences, j’avais trouvé vraiment intéressant le côté humain du milieu associatif, le sens de l’aide aux personnes, le rapport aux autres, à une idée au-dessus de soi, à une problématique qui nous dépasse (…). 10 mois après la fin de mon DESS, j’ai trouvé un poste qui correspondait parfaitement à mes attentes en association.

Pendant les deux ans où j’ai dû chercher du travail, le soutien de l’AFIJ a été très important. L’aide logistique et morale qu’elle m’a apporté m’a permis de réaffirmer mon projet professionnel, de garder mon cap (…)

L’association : un cadre de travail ultra dynamique 

Qu’est-ce qui vous plaît aujourd’hui dans cette forme de travail ? Qu’est-ce que vous y avez trouvé ?

La polyvalence et une dynamique perpétuelle. Aujourd’hui, je travaille dans une association couvrant plusieurs volets. J’interviens dans un centre de toxicomanes, j’accueille au sein d’un relais des adolescents et des jeunes adultes de 12 à 25 ans, j’accompagne des jeunes arrêtés pour la première fois pour détention de stupéfiants ou pour acte de violence pour tenter avec eux d’éviter l’escalade, je reçois aussi des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle (dépendants de la mission locale), j’interviens enfin dans les collèges et les lycées, notamment dans le cadre de violences, pour la prise en charge psychologique d’un état de crise (ex : suite à une agression au couteau…). L’ensemble de ces missions m’amène à travailler avec des institutions et des interlocuteurs très variés : thérapeute familial, ministère de la justice, mission locale etc. (…)

C’est ce qui me semble aussi particulièrement intéressant dans le travail en milieu associatif. Il requière, en permanence, énergie et polyvalence. On ne cesse de se renouveler. On est constamment obligé de faire évoluer son poste et sa pratique, de s’adapter aux publics, aux nouveaux interlocuteurs mais aussi et surtout aux contextes, le contexte dans lequel se fait la mission, mais aussi le contexte défini par la situation de chaque personne auprès de laquelle on intervient. On ne peut jamais s’endormir sur ses acquis. C’est un milieu de travail très motivant, bien que stressant puisqu’on ne sait jamais si l’on va pouvoir maintenir son cap : on est dépendant des ouvertures, mais cette remise en cause, justement, et ce dynamisme sont extrêmement stimulants, extrêmement "moteurs".



Hélène, 30 ans

Rédactrice dans une association de protection de l’environnement

Allier engagement éthique et activité professionnelle

Comment en êtes-vous venue à travailler dans une association. Etait-ce, dès le départ, un projet professionnel pour vous ?

D’une certaine manière, oui. J’y pensais depuis longtemps. Pourtant je n’avais pas spécialement approché le milieu associatif avant. Simplement, c’était une perspective qui combinait bien mes aspirations personnelles et professionnelles. En plus, j’avais un parcours assez atypique en terme de correspondance entre mes études et mes toutes premières expériences professionnelles et lorsque j’ai commencé à y penser vraiment, c’est vrai que l’univers associatif m’a semblé être un milieu dans lequel je pourrais mettre en œuvre utilement l’ensemble des compétences que j’avais acquises, aussi variées soient-elles.

J’ai fait un institut d’études politiques. C’est le goût de la pluridisciplinarité qui m’a décidé pour ce cursus. Comme j’envisageais alors de poursuivre le plus loin possible et éventuellement d’enseigner en faculté, j’ai embrayé, après mes trois années d’institut sur une quatrième année équivalant maîtrise, puis un DEA de science politique. Après avoir validé ce DEA, j’ai entamé mon doctorat. Mais très vite je me suis découragée : pour des raisons personnelles, j’étais très loin de mes sources, j’avais énormément de mal à travailler toute seule, de manière isolée et, surtout, échanger avec les autres, communiquer avec les gens et avancer ensemble, avec eux, me manquait. Par contre, durant cette période j’ai pu enseigner la philosophie et l’histoire de la pensée et, parallèlement, accomplir des petites missions en CDD de secrétariat et d’assistanat de direction. L’ensemble de ces expériences m’ont permis de conforter cette impression que j’avais de vouloir avant tout travailler avec les autres et au service de tous.

Progressivement, j’ai développé une petite activité de rédactrice indépendante. Je travaillais pour la presse régionale, des institutions publiques diverses et des agences de communication. Mes aspirations personnelles et mon goût pour les grands problèmes du monde contemporain me poussaient de plus en plus à me tourner vers un engagement professionnel qui soit plus éthique. C’est durant cette période que j’ai commencé à vraiment envisager de chercher en association. Comme j’avais eu par ailleurs l’occasion d’écrire et de m’impliquer professionnellement dans des travaux au service de l’environnement, commandés notamment par des parcs naturels, et que cette problématique me tenait particulièrement à cœur, je me suis mise à chercher activement de ce côté.

Un milieu où il y a de la place pour l’humain

Qu’est-ce qui vous plaît aujourd’hui dans cette forme de travail ? Qu’est-ce que vous y avez trouvé ?

En fait, je ne m’étais pas trompée. Et je pense avoir trouvé à peu près ce que j’étais venue y chercher et…y amener. D’abord, il me semble que dans l’association, les postes et la manière de fonctionner se renouvellent à chaque instant, en fonction du développement de la structure mais aussi et surtout en fonction des membres qui la constituent. Dans l’association, en tous cas pour l’expérience que j’en ai, on avance ensemble, chacun étant essentiel dans la tâche qu’il accompli et ne cesse de redéfinir. Ensuite, savoir exactement pourquoi on travaille, avoir sans cesse en tête une perspective utile, loin des considérations de simple profit, est très gratifiant et très motivant.

Bien sûr, le monde associatif a ses exigences, des exigences de temps, d’investissement, et de rigueur mais c’est justement ce qui en fait professionnellement tout l’intérêt. On apprend sans cesse énormément sur le fond de ce que l’on fait mais aussi sur la forme : savoir s’adapter sans cesse aux autres, savoir communiquer, savoir s’entraider, se rendre service. C’est un milieu où il y a encore beaucoup de place pour l’humain, en dehors des procédures et des dissociations de services et de fonction. Du coup, c’est aussi un milieu où l’on peut rapidement envisager des choses lorsque l’on a des idées. La marge de manœuvre est parfois limitée par certains manques de moyens mais, à mon sens, elle reste beaucoup plus large que dans bien des entreprises.

 

Claire, 28  ans

Coordinatrice dans une association d’insertion

Allier engagement éthique et activité professionnelle

Comment en êtes-vous venue à travailler dans une association. Etait-ce, dès le départ, un projet professionnel pour vous ?

Non pas au départ. Ce sont mes préférences dans mon domaine professionnel qui m’y ont amené.

J’ai suivi un parcours universitaire en psychologie jusqu’au DESS, spécialisé en droit du travail. A la fin de mon stage de DESS, l’entreprise dans laquelle je l’avais effectué m’a embauchée pour un CDD de 6 mois au service des ressources humaines. Je me suis rendue compte que ce qui me plaisait particulièrement dans les ressources humaines c’était le domaine des compétences. A la suite de ce contrat, lorsque j’ai commencé à chercher, je me suis orientée vers cela et plus précisément vers l’insertion. Or, pour travailler dans le domaine précis des compétences et notamment dans le cadre de problématiques d’insertion, il faut quitter la sphère entreprise privée. Les associations sont le milieu naturel de ce type de démarche (…)

Je n’avais pas d’expérience du monde associatif. J’en avais même une vision négative par rapport à l’univers de l’entreprise qui était sûrement liée à mon parcours et à ma première expérience professionnelle. Les associations n’ont pas toujours bonne publicité dans les services de recrutement des grosses entreprises qui ne fonctionnent pas du tout sur le même mode. L’aspect militant, le point de vue politique est parfois mal perçu. En fait, c’est un peu le revers de la médaille de ce qui fait justement l’intérêt de la démarche associative et de ce qui la distingue des autres secteurs professionnels.

Aujourd’hui je suis coordinatrice dans une association d’insertion professionnelle pour les jeunes en grandes difficultés pas ou peu diplômés.

Un milieu où il y a de la place pour l’humain

Qu’est-ce qui vous plaît aujourd’hui dans cette forme de travail ? Qu’est-ce que vous y avez trouvé ?

Le travail d’équipe. Par rapport à d’autres structures, l’association privilégie vraiment le travail d’équipe. L’engagement aussi et l’aspect militant justement, le fait que la structure soit posée sur des valeurs et des messages au-delà de l’aspect purement économique des choses. Cela n’empêche pas que l’association est une dimension et une obligation économique, bien sûr, et c’est une des choses que j’ai pu y apprendre d’ailleurs, de manière directe, dans la mesure où les associations dépendent en permanence de financeurs qui ont besoin de résultats, mais l’objectif est au-delà. Les facteurs humains rentrent beaucoup plus en compte dans la démarche et dans les rapports entre les individus au sein de la structure. Finalement, c’est aussi cela que je cherchais, ma formation en psychologie d’ailleurs me tournait vers cela : le côté altruiste, une dimension plutôt absente du monde de l’entreprise.

Le milieu associatif permet aussi de travailler dans un univers où les gens ont en général un profil pluridisciplinaire, de développer le sens du partenariat, de la polyvalence et de l’autonomie. Pour un jeune diplômé, il constitue, à mon avis, une première expérience enrichissante et solide à condition d’avoir la personnalité qui va avec.